On m'a tant dit que je devais profiter d'aujourd'hui. Parce que leurs yeux ne brilleront pas éternellement pour moi. On m'a répété que ces illusions dont je me nourrissais allaient finir par m'achever. Et qu'au bout du compte, j'arriverais plus à me relever. On m'a mis en garde des dégâts de l'amour, des yeux noyés à tout jamais d'avoir trop espérés. Du temps, assassin, qui n'hésite pas à nous reprendre ceux qu'on a apprivoisés.
Il parait qu'on tombe plus vite qu'on ne se redresse. Qu'il faut se battre pour avoir droit à son bonheur. Il parait que nos rêves d'enfant se sont échoués au bord de l'océan des âges et qu'ils n'imprégneront plus les creux de nos visages.
A ce qu'il parait, c'était pour nous protéger. Tous ces racontars.
Mais j'aurais préféré qu'on me raconte comment ces c½urs qui partent en guerre en reviennent plus forts et plus tendres. Comment tous ces rêves qu'on a fait naître nous sauvent du désespoir et de la résignation. Comment c'est beau d'oser y croire et d'espérer.
J'aurais tant aimé qu'on me dise que le temps qui passe et fuit alimente notre boîte à souvenirs. Ces mêmes souvenirs qui nous donneront la force d'avancer quand la vie nous éclatera en pleine face. Qu'on me raconte comment les chutes nous construisent pour toujours. Comment une rencontre, un regard, un moment à deux nous transforment entièrement. Comment c'est chaud un sourire.
J'aurais vraiment adoré écouter des histoires où les amoureux finissent ensemble. Où il revient. Parce que c'est pas impossible. Où l'amitié est le plus grand remède. Des histoires d'hommes et de femmes qui se sont battus jusqu'au bout pour gagner un peu d'éternité.
Ils auraient dû me raconter comment la vie est magique car on peut renaître de nos cendres. Car les douleurs nous rendent meilleurs.
Ils ont oublié de me dire qu'on peut trouver du bonheur dans le plus infime battement de coeur. Qu'un regard pour nous emporter et nous faire vibrer aussi fort qu'un mot d'amour. Que le passé ne se meurt pas vraiment.
Ils ne m'ont pas dit que cette histoire ne trouverait pas de fin. Qu'elle me collerait à la peau, envahirait mon corps, contaminerait mon coeur. Qu'elle bouleverserait le cours de ma vie et qu'elle consumerait ma raison.


